01 novembre 2009
So true...
" Sauf en cas de crime ignoble, je ne comprends pas qu'on rompe. Dire à quelqu'un que c'est terminé, c'est laid et faux. Ce n'est jamais terminé. Même quand on ne pense plus à quelqu'un, comment douter de sa présence en soi ? Un être qui a compté compte toujours. "
Amélie Nothomb
Ni d'Eve ni d'Adam
Pas une référence en soi, mais à bon lecteur...
16 octobre 2009
Crush
"Où était donc la femme de l'après-midi ? Elle ne prenait pas assez les choses en mains, et je détestais plus que tout la médiocrité. Il fallait absolument que ce moment soit magique, car nous étions dans le manège de la séduction, un manège qui rend ridicule toute échappée ratée. Avant Alice, combien de fois avais-je été anéanti par des rendez-vous qui n'avaient été que sympathiques ? Je voulais tellement vivre de belles choses. C'était une ascendance qui me poussait parfois à tirer vers l'exceptionnel le vêtement pauvre d'une banale rencontre."
"Il y a des personne formidables qu'on rencontre au mauvais moment, et des personnes qui sont formidables parce qu'on les rencontre au bon moment."
David Foenkinos, Nos séparations
14 janvier 2009
Boulet
Le deuxième tome vient de sortir, et je viens tout juste de finir le premier... Encore une fois, je suis en retard.
Mais comme il n'est jamais trop tard, et si vous ne le saviez pas encore, Boulet a sorti deux recueils de notes choisies de son blog, par année ( le tome 1 regroupe les années 2004-2005, et ainsi de suite.. ). Et vivement les prochains...
C'est un vrai régal, un truc à se marrer toute seule à 3h du matin au fond d'son lit. Oui, c'est du vécu.
Il y parle de son quotidien de trentenaire parisien, de ses difficultés sentimentales à ses aspirations d'auteur de BD. Le trait est simple et efficace, et surtout c'est très drôle.. comme quand on sait twister la vie quotidienne.
Et puis si vous ne connaissez pas son blog, si vous aimez les blogs BD, foncez. Mais si vous aimez les blogs BD, vous connaissez forcément ;)
07 novembre 2008
La meilleur part des hommes
"Le livre disait, en gros, je m'en souviens, je le lisais en boucle : les temps modernes ont le culte de la relation éphémère, de la liberté de choisir ses partenaires, la désillusion face à l'essentiel et nous avons tous autant que nous sommes perdu le sens de la promesse. Promettre, c'est engager l'avenir, l'avenir de toute une vie dans un moment, un seul. Et Leibowitz disait que le temps, le brai temps, bien sûr, n'était pas la succession d'instants où l'on penserait : je l'aime, puis je ne l'aime pas, puis je l'aime, mais une durée promise - aimer, c'était s'engager à aimer même quand on n'aimait plus tout à fait par respect pour la promesse d'avoir voulu toujours aimer. Et ce temps-là, le temps promis, c'était la seule résistance possible au temps charcuté, divisé en petits morceaux de fausse liberté par la société de consommation, l'individualisme, la civilisation de l'instant et l'hédonisme contemporain. Bien sûr, ça ne voulait pas dire qu'il ne fallait pas divorcer ou tromper, non, mais qu'il fallait réapprendre la durée de la promesse et la fidélité au sens : être fidèle à quelque chose de passé, parfois, même et parce que c'était passé."
Par ailleurs, l'extrait que je vous ai soumis ( parce que je le trouve particulièrement juste ) n'a un peu rien à voir avec ce que le reste du bouquin relate.
Paris, début des années 80, la communauté gay se prépare à être touchée de plein fouet par la révolution des meurs que va entraîner le SIDA. Cette époque vue à travers les parcours d'un groupe d'amis/amants, homos et hétéros, militants associatifs et journalistes culturels. Ce qui fait la meilleure part, mais plus souvent la pire, de ces hommes.
On compare déjà Tristan Garcia ( 27 ans, normalien, blabla.. ) à Bret Easton Ellis, et c'est vrai que dans le genre décousu, y'a de ça. Il fait aimer les dialogues écrits comme on parle et le fait qu'il n'y ait pas d'intrigue.
On suit des personnages qui s'aiment, se trahissent, baisent, vivent, souffrent, et dont l'auteur nous dit que s'ils ressemblent à des personnages existants ( car les situations dépeintes sont si proches de la réalité qu'on se dit qu'il a juste changé les noms ), c'est juste parce que les hommes sont comme ça, et qu'ils ne sauraient faire autrement dans les mêmes situations données.
Je vous avouerais que ça ne m'a pas transcendé, peut être parce que je ne me suis pas sentie concernée ( ça tourne quand même essentiellement autour de la communauté gay ). Mais bon, ça a eu le prix de Flore, alors...
08 octobre 2008
"Qui touche à mon corps je le tue"
A chaque rentrée littéraire, je dresse une liste des livres que j'ai envie de lire. Le dernier Nothomb ( même si ça fait longtemps qu'elle ne me fait plus vibrer ), le dernier Gaudé ( alors que lui, sacrément ), deux ou trois ovnis - premiers / derniers romans,...A force de parcourir les chroniques littéraires, des titres restent.
J'avoue que celui-là ne me bottait pas. Pas attirant, pour le coup. Un titre qui fait un peu peur, une quatrième de couverture qui parle de gens anonymes. Mais la couverture beurre-frais Gallimard me fera toujours rêver.
D'après mes souvenirs, "Qui touche à mon corps je le tue" est le cinquième livre de Valentine Goby, prof de français au civil. Ce qui me rend d'autant plus admirative qu'elle écrive des choses si...profondes ; ça ne doit pas être simple d'avoir un boulot si prenant et de conserver un désir de création si fort ( cinq livres, cinq ).
Trois personnages se croisent sans se connaître dans la France occupée de 1943. Leurs destins sont liés les uns aux autres sans que, comme souvent, ils en aient conscience.
Lucie L. vient de subir un avortement. Elle ne destine pas son corps à l'enfantement, et son mari absent ne saura jamais tous ces enfants transformés en anges.
Marie G. a pratiqué cet avortement, comme elle en a pratiqué tant d'autres, anonymement et rapidement. Elle est en prison en attendant d'être guillotinée après avoir été jugée.
Henri D. est exécuteur, on l'appelle aux 4 coins de France pour manier le couperet. Il se prépare à l'exécution de Marie G.
Sur une journée environ, ils nous content leurs enfances, leurs rêves ; leurs parcours pour en arriver là, poussés par le hasard et le destin.
Mais surtout on comprend la nécessité de ces trois personnages d'oublier pour un moment leurs corps, pour évacuer la souffrance ; la mort est toute autour d'eux, et ils s'envolent un moment de leur existence en attendant qu'elle daigne s'en aller.
L'écriture est sèche, et rapide, souvent tranchante. Les thèmes sont assez bouleversants, et pourtant l'auteur réussit à insuffler des éclaircies, des rires d'enfants insouciants qui traversent les récits pour les réchauffer.
La copie est émouvante, forte, très pudique.
17/20. Prometteur.
24 septembre 2008
Le libraire
Non, ce post ne sera pas un énième tapis rouge à ce charmant énergumène.
Mais une invite à lire ce tout aussi charmant livre, découvert plus ou moins par hasard.
Il faut vous avouer que j'aime particulièrement la politique éditoriale de cette maison, le Diable Vauvert, qui publie autant du Poppy Z.Brite que du Bordage ou du Coralie Trinh Thi, en passant par la bio des Ramones par Dee Dee lui même.
Donc en général quand je vois un bouquin de chez eux, j'y vais un peu les yeux fermés. Pour l'instant ça m'a plutôt réussi.
Ce livre est poétique, ce livre est tendre, je ne m'attendais pas à ça, ce livre est beaucoup trop court, remettez m'en un p'tit peu s'il vous plaît.
On suit ce libraire qui ne quitte jamais sa librairie, qui se laisse habiter par ses clients, qui rêve de ses amours perdues et envoie des pages de livres à ses frères et sœurs aux 4 coins du monde.
L'absurdité d'un Beckett n'est pas loin dans ce monde où Dieu rentre et sort de la librairie comme ça lui chante, où les femmes fatales viennent faire l'amour sur une pile de livres, où le libraire ne se nourrit que de tisanes.
Les 185 pages se lisent comme 30, en une heure suspendue hors du temps. C'est frustrant, comme une brise trop rare un après midi d'été écrasant.
Pour finir, un extrait :
" Après plusieurs années d'expérience, le libraire avait eu un jour une révélation : sa librairie attirait plus de clients fumeurs que de clients non-fumeurs.
Comme lui-même ne fumait pas, le libraire s'était posé quelques questions, et comme ces questions ne l'avaient mené nulle part, il avait simplement décidé d'accrocher dans la librairie un petit panneau portant le symbole non-fumeur au-dessous duquel était ajouté " sauf fumeurs ", ce que les gens prenaient pour une blague.
Mais le panneau du libraire n'était pas une blague.
Le jour où un non-fumeur avait voulu s'allumer une cigarette dans la librairie, le libraire l'avait tout de suite mis dehors. "
03 septembre 2008
Vargas
Je ne sais pas pourquoi mais je traînais des pieds à me procurer ce dernier Vargas, sorti hors rentrée littéraire, sans battage, presqu'incognito...
C'est parce qu'il est pas bien, s'est demandé mon inconscient presque consciemment ?
Après consommation, réponse.. Il est bien, il est juste capillotracté.
Pour les connaisseurs, c'est un Adamsberg, son personnage récurrent préféré et le nôtre, un commissaire rêveur et intuitif qui résoud les affaires mi-par erreur, mi-au hasard.
Tout commence à Londres où se déroule un colloque international de la police ; par conséquent Adamsberg et deux de ses acolytes s'y trouvent. Le dernier soir, après le cocktail de clôture, ils se trouvent confrontés à une affaire de rangée de pieds coupés dans leurs chaussures devant un vieux cimetière mystique. Mais ça n'est pas leur affaire.
De retour à Paris, ils sont mis sur une affaire de cadavre méchamment éparpillé, à base d'os brisés, de chair sur les murs et de dents en morceaux.
Par hasard, l'adjoint d'Adamsberg, Danglard, va voir un rapport entre les deux affaires, ayant reconnu une chaussure sur un des moignons londoniens et deviné pourquoi le second crime est si violent.
On part en Serbie, patrie de l'oncle de Danglard, où sur un village sombre mais gai plane depuis plusieurs siècles une vieille histoire de vampires qui ont exterminés puis qu'on a exterminé...et comme qui dirait qu'ça continuerait.
C'est une imagination de dingue encore une fois qu'a Fred Vargas ici, jusqu'à la fin, on se demande comment elle va retomber sur ses pattes..enfin ses pieds, dans le cimetière..mouhahaha.
Suffit de se laisser porter, il faut savoir aimer ne pas savoir où on va..
Quelques notes fantastiques, de la vieille culture européenne, des croyances bien ancrées, et le nonchalant Adamsberg qui se promène là dedans sans écouter ce qu'on lui dit..et qui manque d'y passer une paire de fois.
J'ai l'impression d'avoir déjà dit ça, mais peut être est ce l'air du temps : les auteurs sont fidèles à eux mêmes, creusent leur veine, sans chercher à être abordables...
Si vous connaissez Vargas et Adamsberg, vous ne serez pas dépaysés; mais ce n'est peut être pas le meilleur pour commencer et apprécier... appelez moi pour les conseils de début.
20 août 2008
Rant
Chuck Palahniuk fait partie de ces quelques auteurs dont je vénère le moindre mot. C'est pas hyper objectif, mais c'est comme ça.
Mon ami Aurélien, qui l'est plus, et qui pourtant l'a découvert grâce à moi, avait eu du mal avec l'avant dernier livre publié en France ( sachant qu'aux Etats Unis il y en a toujours entre un et deux nouveaux... Denoël, magnez vous !!! ) qui s'intitulait A l'estomac. Il a adoré ce dernier ; nous sommes donc enfin d'accord.
Peste en français, traduction qui n'a pas grand chose à voir avec son titre originel, Rant ( et je vous passe le sous titre ), surnom du héros pourtant anti héros qu'il doit au bruit que font les gens quand ils vomissent.. ça commence sec, hein ?
Et ça faisait longtemps que je n'avais pas été surprise par une narration aussi déboussolante. On peut dire que ça change de début/milieu/fin.
On apprend donc à connaître notre héros uniquement à travers les témoignages, chronologiques dans l'ordre d'apparition au long de sa courte vie, des gens qui l'ont cotoyé, approché ou à peine aperçu. Des rombières du village de son enfance à la ménagère américaine qui regardait la télévision quand il est mort en direct dans une poursuite en voiture.
C'est donc une "biographie orale" qui nous est proposée comme l'annonce le sous titre, toutes ces déclarations nous permettant de retracer a peu près le parcours de Buster "Rant" Casey, en construisant un portrait sans cesse en évolution et souvent contradictoire ; vous savez bien comme chacun à sa version de l'histoire...
Sous la plume de Palahniuk se dessine un monstre, un tueur en devenir dans un futur où les Diurnes et les Nocturnes se partagent les villes, un dingue qui va propager une épidémie de rage à travers l'Amérique, un malade qui va faire des infectés des icônes vivantes qui veulent tous lui ressembler.
On ne se perd pas dans le science fictionnel, l'auteur se débrouille pour que le futur soit proche, jamais vraiment défini, avec juste ce qu'il faut pour le séparer du nôtre.
Comme cette séparation du jour et de la nuit, régie par un couvre feu réglementé par la police ; l'invention d'un nouveau passe temps récréatif, le Crashing, ou comment faire d'un accident de voiture un joyeux divertissement pour happy few ; ou encore la possibilité de l'immortalité et du voyage dans le temps pour modifier le futur..
Que les afficionados se rassurent, Chuck Palahniuk est toujours le pape de la trash reality ; un peu de porno, un peu de violence, une grosse dent contre l'Amérique, et comment trouver toujours le pire dans l'homme, ça laisse rêveur. Et le prochain risque d'être un condensé en puissance de tout ça : Snuff, ou l'apothéose d'une vieille star de porno dans un film aux 600 amants.
On peut sortir de Peste un peu affolé, car finalement ça n'a ni queue ni tête : on ne sait toujours pas qui est Casey, on ne sait qui croire, de ses amis d'enfance ou de ces ennemis de fin de vie, le texte est ouvert à toute interprétation puisqu'ouvert à toutes les contributions.
Pour finir, un petit conseil : si vous connaissez déjà Palahniuk, continuez par Peste, vous ne serez pas surpris. Si vous ne connaissez pas, ne commencez pas par celui ci, préférez lui Fight Club. On est moins apeuré quand on connaît à peu près l'histoire.
13 août 2008
Dark America
Je ne suis jamais allée aux USA et j'ai pourtant un solide a priori sur cette civilisation, nourri uniquement grâce à la littérature contemporaine américaine.
Les grandes villes et leurs yuppies aux dents qui rayent le plancher, les patelins paumés où tout le monde se connaît et où la xénophobie règne en maître, les grandes forêts où l'on peu tranquillement planquer un cadavre sans que jamais personne le retrouve, le pays qui a vu naître le plus grand nombre de tueurs en série.
Vous comprendrez que même si c'est un peu réducteur, cette vision est assez sombre, assez désabusée. Depuis Ellroy jusqu'à aujourd'hui, les auteurs américains portent un regard sombre sur leur histoire, leur peuple, leurs traditions et institutions.
Pourtant, aujourd'hui, c'est d'un auteur irlandais expatrié aux Etats Unis dont je vais vous parler. Et je pense que si je devais écrire un roman sur qui se passe la bas, j'aurais comme lui cette vision noire de l'Amérique profonde.
J'avais lu il y a quelques années Les Ames Perdues, et son intrigue à la Ellroy m'avait plu. Le meurtre d'une petite fille le soir d'Halloween dans une bourgade du Midwest très catholique, un flic touché par l'histoire plus qu'il ne devrait l'être... J'ai cherché à lire tous les autres livres de Michael Collins tant le style m'avait plu.
Des années plus tard, la semaine dernière donc, j'ai lu Les Profanateurs de ce même auteur.
Michael Collins n'écrit que sur cette Amérique profonde, comme s'il voulait la décortiquer pour comprendre ses mécanismes : son histoire, ses réactions, ses rejets. Quand on n'a pas d'argent, pas de chance, pas d'avenir. Et qu'on est prêt à faire pas mal de choses pour changer ça.
Le personnage principal de ce roman, Frank, va devoir retourner dans son passé à la suite du décès de son oncle, qui l'a recueilli quand ses parents sont décédés alors qu'il avait cinq ans. On lui avait à l'époque fait porter la responsabilité de cette mort alors même qu'il n'était qu'un enfant.
C'est donc la culpabilité, l'espoir d'une vie meilleure, sa peur et sa famille recomposée qui vont accompagner Franck pour ce retour dans la ville où il a grandi et où il n'est pas forcément le bienvenu.
Il est question de cadavres dans le placard, de secrets de famille, de magouilles de villages où tout le monde sait quelque chose mais personne ne parle.
C'est à la fois un roman policier, une chronique de l'Amérique d'aujourd'hui et une histoire intemporelle de famille.
Mais c'est sûrement le recul du romancier étranger qui permet à Collins de capturer l'atmosphère indéfinissable qui règne dans ces petites villes perdues des Etats Unis, où les croyances et les traditions sont plus fortes que tout ce qui peut leur arriver de l'extérieur.





